EbookZ : l’offre numérique illégale des livres français sur Internet

Suite du compte-rendu, assuré en binôme avec Nicolas, des Journées Couperin sur le livre électronique, qui se sont déroulées à Lille, les 17 et 18 mai.

Retrouvez la couverture en direct ici, et le support de présentation .

Mathias Daval (Edysseus Consulting) / le MOTif

Présentation des résultats d’une étude, la première réalisée en France sur l’offre illégale de ebooks disponibles sur Internet.

Le piratage numérique est difficile à cerner, beaucoup d’idées préconçues et donc de fantasmes chez les acteurs du livre sur ce phénomène. Le piratage de livre est-il un enjeu réel pour les acteurs du livre? Il reste encore marginal par rapport aux industries musicales et cinématographiques, et il en est peu fait mention dans les rapports Pattino (au sujet des DRM) et Gaymard (qui évoque le problème).
Le terme « ebookZ » désigne les ebooks piratés et disponibles sur le Web, qu’il s’agisse de livres, ou de la presse (qui représente 3/4 des fichiers échangés).

  • Qui sont les pirates?

Il n’y pas de profil type, ça va de l’internaute lambda qui met à disposition quelques fichiers (pour le téléchargement sur une plate-forme, ou par courriel), aux équipes mieux organisées (y compris au sein des milieux universitaires et bibliothécaires), qui proposent des « how to » en ligne, sur la façon de bien scanner un livre pour le mettre à disposition en téléchargement [« Libérez vos livres, le guide pour scanner des livres et des magazines »]. Scannés manuellement (de 6h à 10h pour scanner un livre), la plupart des fichiers sont de bonne qualité -29.7Mo en moyenne-, à l’instar de ce qui se pratique dans le domaine du « scantrad », qui diffuse des mangas en ligne, avec un travail soigné.

  • Méthodologie

L’étude porte sur l’ensemble des textes piratés (sauf la presse), elle concerne les contenus payants et sous droits, sans tenir compte des traductions.
Les fichiers étudiés ont été repérés sur les réseaux de P2P, ( eDonkey et bittorrent), mais également sur l’IRC et UseNet. Les téléchargements directs et les visionnements sur le Web ont également été pris en compte. Les auteurs de l’étude on noté une forte utilisation du réseau eDonkey, mais en baisse au profit du téléchargement direct (une conséquence d’Hadopi? L’étude a été réalisée sur un échantillon de 900 fichiers (livres, BD et livres audio).

  • Résultats

Moins de 1% des livres sont piratés,  soit de 4 000 à 6 000 titres, dont 3 000 à 4 500 bandes dessinées. La plupart des fichiers sont peu accessibles (0 à 1 source partageant le fichier), c’est une forme de piratage encore résiduelle, qui progressera en lien avec celle des livrels et de la mise à disposition de catalogues légaux.
Le format le plus fréquent est le PDF (80% des livres, 40% des BD), quelques Word. Les livres audio sont à 95% en MP3. 77% des ouvrages sont de bonne qualité : mise en page restituée, pagination respectée, réalisés par des équipes organisées (deux équipes majeures à l’œuvre).

  • Quels types de livres?

Les 4 éditeurs les plus piratés sont Gallimard, Eyrolles, Dunod et Hachette.
Les thématiques : romans, essais et livres pratiques représentent plus de 1/4 des livres piratés. Ils sont facilement consultables en fichier (mise en page) et répondent à un besoin immédiat.

STM, philosophie, cuisine, Science-Fiction et informatique sont les thématiques les plus représentées. Les auteurs les plus piratés sont (en nombre de titres piratés disponibles), Gilles Deleuze, Bernard Werber, Amélie Nothomb, Frédéric Beigbeder et J.K. Rowling, et les titres les plus partagés « Le Sexe pour les nuls », « Harry Potter », « Le grand livre de cuisine », « Twilight », « Les fourmis », « Le petit prince » et « L’alchimiste ». Cela traduit un besoin de titres non disponibles au format numérique (95% des livres piratés ne disposent pas d’une offre numérique légale), et change le portrait type du pirate. Enfin, seuls 8% des titres figurant dans le top 50 des ventes papier (classement Livres Hebdo) sont disponibles en version pirate.

  • Les préconisations du MOTIF

Développer une offre numérique légale de qualité et conséquente, développer des stratégies de référencement pour faire apparaitre l’offre légale en bonne place dans les moteurs de recherche, développer les alertes et la surveillance autour des titres, mettre en œuvre des formations pour éviter la fracture numérique entre gros et petits éditeurs. Enfin, ne pas mener une guerre contre les lecteurs.

  • Réflexions

Un téléchargement illégal signifie-t-il une vente en moins? Quelques éditeurs ont tenté l’expérience de l’édition libre (l’Éclat).
Le MOTIF a créé un observatoire du livre numérique, et mettra à jour les chiffres de cette étude, réalisera un portrait des pirates, une étude comparative des plates formes légales et illégales de mise à disposition des fichiers.

  • Questions du public

Comment repérer l’offre illégale : faire une typologie des réseaux de diffusion, puis sur ces réseaux, identifier les titres de fichiers qui comportent des mots clés caractéristiques (ebook(s), livre(s), ou titres, ou noms d’éditeurs).

Concernant la disponibilité de ebooks au format epub sur ces plates formes : très peu, l’offre légale au format epub étant proche de 0 au moment de l’étude.

Question concernant la reprise des fichiers piratés comme pour le jeu vidéo? le milieu de l’édition est très différent. D’ailleurs le piratage ne fait pas « peur » aux petits éditeurs qui voient là un moyen de diffusion. Concernant la reprise de fichiers pirates, elle nécessiterait trop de travail en amont pour en vérifier la qualité, donc des coûts trop importants.

Question sur les initiative du type Studentbay dans le milieu universitaire : l’offre illégale a été retirée du site, il n’y a pas équivalent en France. Les ouvrages les plus diffusés sont les livres de médecine. Les éditeurs restent vigilants à cette diffusion.

Quid de la présence de fichier pirates sur les liseuses prêtées par les BU : expérience encore trop récente à Toulon pour tirer des conclusions. Pas d’étude spécifique à Angers sur ce type d’usage. Les usagers se contenteraient a priori de l’offre préchargée, ou de l’offre indiquée.

photo : T' Jolly Roger, aye. | par Nick  Humphries

Cartable électronique et enseignement

Suite du compte-rendu, assuré en binôme avec Nicolas, des Journées Couperin sur le livre électronique, qui se sont déroulées à Lille, les 17 et 18 mai.

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Gilles Braun, Ministère de l’Éducation Nationale

Retours sur une expérimentation en cours (2009-2014), portant sur la fourniture de manuels scolaires sous forme numérique à des classes de 6ème et de 5ème, qui concerne 65 collèges en France (15000 élèves, 700 enseignants).

  • Quels constats faire un an après?

Ce qui se passe chez les éditeurs scolaires aura une incidence sur l’édition numérique (qui représente un marché de 230 millions d’€/an en France).

Le manuel sous forme numérique remet en question la durée de vie « traditionnelle » d’un manuel => le livre peut être gardé, il sera augmenté et enrichi avec les mises à jour.

Quelle place pour les libraires, dont le chiffre d’affaires (au moins en partie) est assuré par ces commandes scolaires?

L’accès aux ressources se fait via un ENT, ce qui implique une nouvelle forme de travail, et des nouveaux moyens de travail (équipements informatiques, connexions).

Gilles Braun aborde aussi la question de la concurrence entre les éditeurs, au moment de définir les fonctionnalités de lecture inhérentes au manuel. Trois éditeurs développent ces manuels, il y a trois modes de lectures, avec chacun leurs fonctionnalités annexes et propres.

Parmi les avantages de ce manuel numérique, l’accès à l’image et au son pour enrichir les contenus, et une plus grande accessibilité pour les publics en situation de handicap (visuel, malentendant). En revanche, le fait de ne pas pouvoir situer sa progression, comme on le ferait avec un manuel « papier » en regardant les pages qu’il reste à lire semble être un inconvénient.

Se pose enfin la question de ce corpus, qui n’est plus limité : quand est-on dans l’ouvrage? quand en sort-on? On passe d’une offre de contenus, à une offre de services.

Bilan des enquêtes sur le livre électronique | Ministère de la Culture

A la demande de Couperin, et en binôme avec Nicolas, j’assure un compte-rendu en léger différé des Journées Couperin sur le livre électronique, qui se tiennent aujourd’hui et demain à Lille.

Une couverture en direct est disponible ici, le support de la présentation .

Anne-Sophie Metais, Rémi Gimazane – Ministère de la Culture

Présentation des résultats concernant les « publics étudiants », d’une étude  menée sur 6 mois, lancée en sept. 2009

Objectifs de l’étude (différents modes de passation) : évaluer (la notoriété et la pénétration, l’attrait) ; segmenter et décrire (les utilisateurs actuels, les publics potentiels) ; comprendre (les opinions et les attentes, les motivations et les freins).

49% des étudiants ont « déjà entendu parler du livre numérique » (47% pop. française 15 ans et +)

Pour les étudiants le livre électronique c’est 1) un fichier numérique 2) une tablette électronique dédiée à la lecture.

12% étudiants lisent des livres numériques (1% beaucoup, 6% quelques uns, 5% seulement un) => gros lecteurs sont très restreints. La lecture se fait majoritairement sur ordinateur (portable), sur smartphone (12,1%), les liseuses ne sont pas encore généralisées.

Publics actuels : hommes jeunes, très technophiles et grands lecteurs

Publics potentiels : femmes, peu technophiles, grandes lectrices

Les freins au dvpt du ebook: lecture à l’écran, absence de contact avec le livre (attachement au support)

Motivation pour le livre électronique : livres moins chers qu’au format papier ; accès aux titres épuisés sous forme papier ; accès facile et instantané ; transport et stockage plus aisés. Les réponses traduisent un attachement au papier.

Sujets lus : livres scientifiques et pratiques (la lecture se fait pour des raisons professionnelles chez les étudiants, pour des raisons pratiques dans le reste de la population)

Contenus majoritairement pris gratuitement en ligne (Gallica, réseaux de partage)

La lecture apparait moins confortable que sur papier.

Confort de lecture, prix, temps de chargement des pages sont les 3 critères les plus importants.

Ordinateurs portables et liseuses apparaissent comme les supports les plus évidents pour lire un ebook.

Facteurs de succès : le prix, les possibilités offertes par le numérique (contenus enrichis), possibilité de copie et de transfert

Les bibliothécaires italiens face aux livres électroniques

A la demande de Couperin, et en binôme avec Nicolas, j’assure un compte-rendu en léger différé des Journées Couperin sur le livre électronique, qui se tiennent aujourd’hui et demain à Lille.

Une couverture en direct est disponible ici, le support de la présentation .

Agnese Perone, CILEA Consortium

Enquête sur la diffusion des ebooks en Italie dans les bibliothèques académiques.

37% des bibs académiques en proposent.
Prédominance des STM, puis des SHS, et enfin de l’Eco dans l’offre en ebook proposée dans les bibliothèques académiques italiennes. Prédominance de l’anglais comme langue de publication (=> une limite à l’usage?)

Achat au titre à titre majoritaire (37%), puis par package auprès des éditeurs (31%)

Les limites : DRM, manque d’intérêt de la part des usagers potentiels, un « business-model » flou, peu de contenu en italien.

Beaucoup d’attente de la part des bibliothécaires italiens sur un business model compréhensible, sur une offre à mise à jour régulière, sur des indicateurs d’usage.

Les livres électroniques dans les portails du CNRS

A la demande de Couperin, et en binôme avec Nicolas, j’assure un compte-rendu en léger différé des Journées Couperin sur le livre électronique, qui se tiennent aujourd’hui et demain à Lille.

Une couverture en direct est disponible ici, le support de la présentation .

Premiers retours d’usage, Christine Weil-Miko et Christiane Stock, CNRS.

-Les ebooks sont proposés au CNRS depuis 2006 (une encyclopédie) ; proposés sur les différents portails thématiques (BiblioVie, BiblioSciences, TitaneSciences…) Aujourd’hui l’offre couvre des ebooks, des book series, des encyclopédies et des dictionnaires. Peu de protocoles, bien que demandés par les chercheurs.

-interprétation des usages:
enquête qualitative suite aux tests (contradiction avec les consultations réelles)
importance de la langue => offre ebooks est anglophone (limite à l’usage?)
interprétation délicate des chiffres=>un livre s’utilise-t-il comme une revue? (moins d’1’/page)
adaptation aux nouvelles plateformes (offre de ebooks au CNRS => 3 nouvelles plateformes de consultation) , comportement de l’utilisateur à interpréter, difficulté=>visibilité de ces ressources dans les catalogues (importance des métadonnées)

Concernant les usages, la règle du 80/20 ne semble pas valable pour les ebooks.

Les dictionnaires électroniques Garnier, achetés récemment, enregistrent plus de consultations que les encyclopédies en sciences de la vie (acquisition plus ancienne) : est-ce dû à leur « nouveauté »? au fait qu’ils soient proposés en français?

Une part non négligeable des titres composant les bouquets de ebooks ne sont pas consultés : 56% dans le bouquet « Chemistry » d’Elsevier, 61% dans la collection « Chemistry and Material Science » de Springer => une des limites de l’achat par bouquet?

On ne peut pas comparer l’usage des ebooks à celui des revues électroniques, ni en terme de fréquence de consultation ni en terme de régularité (consultation en « dents de scie »), transversalité de la consultation à travers les différents portails thématiques.
Le besoin de statistiques fiables et détaillée se fait également sentir.

la sélection : recueil des besoins, et analayse de l’offre des éditeurs, puis phases de test (2 mois), études des usages (stats des éditeurs)

collections achetées depuis 2006
achat d’archives et de mises à jour,
achat pérenne,
achat de titres individuels (dicos, encyclos, methods in enzymoloy) ou par bouquets
seulement 3 nouvelles plateformes pour les utilisateurs, par rapport aux accès revues:

interprétation des usages:
enquête qualitative suite aux tests (contradiction avec les consultations réelles)
importance de la langue => offre ebooks est anglophone
interprétation délicate des chiffres=>un livre s’utilise-t-il comme une revue? (moins d’1’/page)
adaptation aux nouvelles plateformes, comportement de l’utilisateur à interpréter, difficulté=>visibilité de ces ressources dans les catalogues (importance des métadonnées)

critères de choix : même l’usage

comparaison usage ebooks/revues électro : rien de comparable
règle du 80/20 valabke pour les ebooks? a priori non
chiffres pas conformes à norme COUNTER : manque de détail (année, titre, chapitre)
modèles éconpmiques : calcul /FTE globales CNRS alors que collections thématiques, mais usage plus large que disciplines visées

données chiffrées

statistiques éditeurs
encyclo SdV vs Dicos SHS (GArnier électro)
plus de consultations chez dico SHS alors que ressource + récente : grace à quoi? nouveauté? langue française?

bouquet Chelistry /Elsevier : 56% pas consultés
chez Springer, 61% pas consultés (chemistry and material science)
les 20 plus consultés représentent 30% (de quoi?)

book series LNCS
73% sont consultés dont 20% régulièremetn, 27% ne sont aps consultés, 90% sont consultés de 1à 10 fois / an
tendance croissante

comparaison revues et ebooks
top 20
revues
tetrahedron letters : +26400 consultations
ebook
advances in… moins de 500/an

usage transversal lié au caractère multidisciplinaire des collections? pas de réponse pour le moment

variations mensuelles « en dents de scie », pas d’usage régulier, même le titre le plus consulté a des stats nulles pour certains mois

on ne peut pas comparer usage des ebooks à celui des revues électro, ni en terme de fréquence de consultation ni en terme de régularité, surprise de la transversalité de la consultation à travers les différents portails thématiques.
besoin de stats fiables, détaillées, par mois, par groupe d’utilisateur.