I wanna be like Mike

Sur les conseils de Marlène (merci, ça valait le déplacement), je me suis rendu lundi à la Mission Permanente des Etats-Unis à Genève, pour assister à une présentation de Michael Stephens, organisée par l’AILIS.
Michael Stephens est « Assistant Professor in the Graduate School of Library and Information Science at Dominican University in River Forest, Illinois » et anime le blog « Tame the Web« . Il a été consacré « Library Journal Movers & Shakers » en 2005, ça vous pose le personnage.
Sa présentation portait sur « The Hyperlinked Community Library – Trends, Tools & Transparency« .

En introduction, Michael Stephens rappelle les bouleversements induits par Internet pour notre profession, mais également dans les pratiques de nos usagers : Ils font aujourd’hui un usage des réseaux qui n’est pas (encore?) le nôtre. Il insiste sur les réseaux sociaux, et se demande où sont les bibliothèques, au moment où MySpace, Facebook et YouTube attirent chaque mois plus de 250 millions de visiteurs uniques. A titre d’exemple, Michael Stephens cite la Lawrence Tech Library et sa campagne d’information à l’occasion de son arrivée sur les réseaux sociaux (diapo 16 de sa présentation) et la Digital Collection de Cornell.
Ensuite, M. Stephens insiste sur un point essentiel à ses yeux, la transparence, qui implique la communication, à la fois en direction des usagers, mais également à destination des équipes de la bibliothèques. En résumé, on dit ce qu’on fait, comment on le fait, avec qui on le fait : on le bloggue, on le tweete, on l’affiche sur son site Web, sa page Facebook, « the transparent library has no secrets« . Cette idée de la transparence sous-tend celle de l’ouverture, de l’écoute des besoins, aussi bien des usagers que des équipes « do we hear our users and staff when they ask for change and new services? » A titre d’exemple : VBPL Talks « a forum for staff questions and comments« .
Michael Stephens rappelle ensuite l’importance de la bibliothèque en tant que lieu d’accueil (et de travail). La bibliothèque doit être accueillante, chaleureuse, pas ce que fait Teen Central « This desk is for staff use only« … (diapo 42). Stephens recommande de faire un « kindness audit », voir sa bibliothèque avec les yeux de l’usager, se mettre à sa place physiquement dans la bibliothèque.
Ensuite M. Stephens traite de la révolution « mobile » avec l’irruption des smartphones et autres readers (la « tablet mania« …), rappelant que les bibliothèques doivent s’adapter à ces nouveaux usages, présentant la « Duke University Library Digital Collection iPhone App« .
Michael Stephens pointe ensuite la nécessaire formation des équipes de bibliothécaires, citant le programme Learning 2.0, avec des prix incitatifs allant du lecteur MP3 à pouvoir disposer de la place de parking de son directeur…
Il insiste également beaucoup sur l’idée de « communauté d’usagers », que la bibliothèque doit fédérer, aussi bien pour ses aspects virtuels que physiques, et surtout animer. Cette communauté doit pouvoir investir la bibliothèque physique, mais également les services en ligne : annoter, taguer, recommander des documents sur le catalogue, commenter sur le blog, etc…


Pour finir, il évoque l’un des effets de la crise pour les bibliothèques américaines, qui voient leur fréquentation augmenter, leur accès et les informations qui y sont disponibles étant gratuites… Comme professeur, Michael Stephens assiste à un changement dans la sociologie de ses étudiants en sciences de l’information et des bibliothèques : certains de ses étudiants sont là pour envisager une reconversion, voulue ou subie suite à la crise…
Enfin, puisqu’on en est aux questions d’argent, a été évoquée l’idée du merchandising des bibliothèques via des sites comme CafePress ou Zazzle, où elles pourraient vendre des produits dérivés de leurs fonds (iconographiques libres de droits).

Une intervention très intéressante, faite par quelqu’un de passionné et disponible, à l’enthousiasme communicatif. Y’a plus qu’à maintenant.

photos : page Facebook de la Mission Permanente des Etats-Unis à Genève.

Google nous a tuer

« T’as fait quoi pendant la révolution Internet? – J’ai perdu mon job ».

Propos de David Nicholas, prof. à l’University College of London, lors de sa communication donnée au CERN, dans le cadre d’un « Library Science Talk« , organisé par nos collègues suisses et portant sur les « Digital Consumers », à laquelle j’ai assisté lundi.

Vous retrouverez l’essentiel de son propos dans les actes du colloque de Lille (à paraître), où D. Nicholas était également venu présenter les résultats de l’enquête menée par son groupe de recherche.

Quelques éléments tirés de sa présentation:

-Nous (les bibs) travaillons toujours sur les bases d’un paradigme ancien, celui du livre, alors que Google a bouleversé le paysage informationnel et la façon d’y accéder.

-Comment réagissons-nous à ça? Dans nos pratiques professionnelles? Pourquoi persistons-nous à proposer des catalogues moches/lents/compliqués? En moyenne, 2.3 mots sont utilisés pour lancer une recherche : quel est l’intérêt de continuer à proposer la recherche avancée (que personne n’utilise) ? 4 mois après qu’il ait indexé le contenu de ScienceDirect,  1/3 du trafic sur les journaux de physique venait de Google.

-Quelle place allons nous occuper dans ce paysage? Nous étions jusqu’ici des intermédiaires, dont l’usager va se passer de plus en plus : les profs ont déjà déserté les bibliothèques, les étudiants ne vont pas tarder à le faire (accès distants, 24/7, sans parler des smartphones)

-Changement dans les pratiques: + de la moitié des visiteurs d’un site Web ne lisent qu’une à trois pages (ou le résumé, si l’article est long). La tendance est au « picorement ». Nicholas prend l’exemple d’un immense supermarché, au réassort permanent. Conséquence, l’usager devient « consommateur », puisqu’il a le choix. Et comme il ne supporte plus d’attendre une réponse à sa requête, pas sûr qu’il passe du temps à interroger nos OPAC. Généralisation du « multi-tâches », (ex. du tweet pendant les conférences, je ne me sens pas visé, il n’y avait pas de WiFi ouvert au CERN…)

-On ne sait pas ce qu’il va advenir de la « Galaxie Gutenberg », mais on peut trouver l’article Wikipedia correspondant en 0.34 secs…

« le futur c’est maintenant, et la majorité des gens (ie des bibs) n’en ont pas encore pris conscience ».

Vous pouvez retrouver les résultats de l’enquête dans ce bouquin, et l’enregistrement de la conférence ici.

A part ça, je trouve le principe des « Library Science Talk » vraiment intéressant : une programmation variée, établie à l’avance, des conférences « doublées » entre la BN Suisse et Genève. Pourquoi on n’a pas ça nous? Par ex. à la BNF et à l’Enssib?

[photo : Future or Bust! / Vermin Inc]

Soirée de l’ambassadeur

Invitation (détail)

J’ai été invité au vernissage de l’exposition « Orient-Occident, racines spirituelles de l’Europe » que présente la Fondation Martin Bodmer jusqu’au 4 avril 2010, à Cologny, en Suisse. Une nouvelle occasion pour moi de boire du champagne d’admirer les trésors exposés dans ce cadre magnifique, sur les hauteurs du lac Léman.

La Fondation Martin Bodmer est l’une des plus importantes bibliothèques privées du monde, qui abrite près de 160 000 pièces rassemblées par Martin Bodmer, une collection conçue comme « un musée des documents attestant l’histoire de l’esprit humain », bâtie autour de 5 piliers : la Bible, Homère, Dante, Shakespeare et Goethe. Parmi les pièces remarquables, un exemplaire de la Bible de Gutenberg, des partitions autographes de Mozart, le manuscrit autographe de « The Origin of Species » de Darwin, j’en passe et pas des moindres.

Si votre chemin passe par Genève, faites un détour jusqu’à Cologny…